Les origines indiennes : Golconde et les diamants de légende
L’histoire du diamant commence en Inde avant JC, le plus célèbre diamant indien est le « Koh-i-Noor », (poids actuel 105 carats) il aurait été extrait des mines de Golconde au XIII -ème siècle et pesait après la taille 186 carats, la date de sa découverte reste encore un mystère, et certaines légendes racontent qu’il aurait été trouvé dans un fleuve indien il y a 5000 ans. Durant des siècles il a été l’objet de négociation entre les empires Indien, Perse, Moghol et Afghan. Depuis 1849, Il fait partie des joyaux de la couronne britannique. En 1852, pour améliorer sa brillance il a été retaillé de 186 carats à 105 carats, son poids actuel. Quant au diamant le « Great Mogul », 280 carats, issu également des mines indiennes aux même périodes, et appartenant à l’empereur Moghol, il n’a jamais été retrouvé.
L'histoire fascinante du diamant rose "Princie"
Un autre diamant célèbre issu des mines de Golconde en Inde : le « Princie », ce diamant rose de 35,65 carats est connu depuis 300 ans. Il a été acheté à la famille royale d’Hyderabad en 1960 par les bijoutiers Van Cleef & Arpels, qui l’ont nommé le Princie d’après le fils de Sita Devi (le Maharani de Baroda), une mondaine extravagante et célèbre vivant à Paris. Celui-ci est vendu immédiatement à une famille italienne, qui, au moment des successions rentrera dans une longue bataille pour récupérer sa pierre, alors disparue, puis revendue à une famille qatarie dans une maison de vente aux enchères très réputée. Elle retrouvera sa pierre, dont le prix était passé du simple au double lors de ce scandale.
L'Occident et l'épopée du Bleu de France
L’engouement pour le diamant en Occident date de l’époque médiévale.
L’histoire du « Bleu de France », le plus gros diamant bleu à ce jour. Ce diamant bleu de 115 carats a été vendu en 1669 à Louis XIV par Jean-Baptiste Tavernier qui l’avait ramené des mines de Golconde en Inde. Le joaillier de la cour de l’époque, Jean Pittan, mis deux ans pour mettre au point et exécuter la taille qui lui donnerai le plus de brillance, une forme triangulaire de 69 carats. Louis XV le fit monter en parure sur un des insignes de l’Ordre de la Toison d’or qu’il portait. Le diamant disparut en 1792 après la destitution de Louis XVI à la suite d’un vol des joyaux de la Couronne. Ce n’est qu’en 1856 que le joaillier Charles Barbot se rendra compte que le diamant « Hope », apparu en Angleterre en 1812 sous la forme d’un coussin de 45 carats, a été en réalité retaillé dans le Bleu de France, le plus gros diamant bleu du monde, est maintenant exposé au Musée d’Histoire Naturelle de Washington et attire presque autant de visiteurs que la Joconde au Louvre.
Les ressources naturelles en Inde ayant décliné en 1700 le Brésil émerge comme nouvelle source d’approvisionnement, on collecte alors des diamants le long des rivières amazoniennes.
La ruée africaine et l'empire De Beers
Au XIX -ème siècle l’engouement pour cette pierre est devenu tellement important que les recherches de sources s’intensifient, et c’est en 1866 que l’histoire du diamant commence en Afrique, on découvre alors un diamant brut de 21.25 carats à Kimberley en Afrique du Sud. Ce diamant sera baptisé l’« Eureka ». A peine trois ans après, en 1869 on en découvre un autre de 83.50 carats, « The star of South Afrika ». Des prospecteurs du monde entier, et de tout le continent africain, se déplacent vers cette région fertile en diamant. On raconte même que des diamants furent découvert lors des travaux de construction des habitations.
La moitié de la population travaille alors dans l’industrie du diamant, et on découvre dans cette région du sud de l’Afrique, les plus gros bruts de toute l’histoire du diamant … 154 carats, 287 carats, 650.8 carats … Et 1878, il existe jusqu’à 3600 propriétaires de mine.
Cecil Rhodes et la consolidation
En 1888, un homme arrivé à l’âge de 17 ans à Kimberley nommé Cecil Rhodes crée la De Beers Consolated Mines Ltd. Mêlant affaire et politique il devient premier ministre de Cap Colony Parliament et en 1900 la De Beers contrôle 90 % du marché mondial. Cecil Rhodes décède deux ans après en 1902. Le London Diamond Syndicate garde le contrôle, puis après la crise de 1929, Ernest Oppenheimer, présent depuis 30 ans chez De Beers, prend finalement la direction.
En 1905, fut découvert, toujours en Afrique du Sud le plus gros diamant brut du monde à ce jour « le Cullinan », 3106 carats, soit 621.2 grammes. Il a donné naissance à 9 gros diamants taillés dont le plus important pèse 530.20 carats. Il aura servi à faire en plus 96 diamants de petite taille.
Ces diamants ornent encore à ce jour les bijoux de la couronne d’Angleterre, dont un sceptre pour le plus connu.
En 1985, dans la Premier Mine De Beers extrait un diamant brut de 755 carats. La pierre n'était pas très claire et comportait de nombreuses inclusions mais sa taille, réalisée par le célèbre diamantaire Gabi Tolkowsky, ramena son poids à seulement 545,67 carats en faisant une pierre magnifique, appelé le « Golden Jubilee », il est le plus gros diamant facetté au monde, avec une taille peu conventionnelle à 148 facettes. Il est la preuve que les normes de couleur et de pureté ne sont pas toujours à appliquer à la lettre. I appartient aujourd’hui couronne de Thaïlande et il est exposé au Royal Museum de Bangkok.
Gabi Tolkowsky taillera aussi le « Centenaire », un diamant de 273,85 carats taillés avec 247 facettes. Dévoilé au public en 1991, et issu d’un brut de 599 carats, incolore et pur, découvert à Kimberley en Afrique du Sud, et annoncé par De Beers en 1988, pour la célébration de son centenaire. Il aura fallu plusieurs années d’étude et de travail avant de tailler, dans ce brut, la forme idéale.
Quand la couleur crée le record
Le phénomène de fluorescence, considéré comme un défaut dans les certificats des laboratoires, s’avère être un régulateur en atténuant les teintes marrons de la pierre. Il est même arrivé qu’un diamant ayant une très forte fluorescence prenne de la valeur du fait de son aspect opalescent qui lui donne des allures de pierre de lune.
La coloration naturelle du diamant, initialement à éviter pour un classement de qualité peut atteindre des teintes très recherchées, ainsi en 1987, le « Hancock », un diamant rouge, la couleur la plus rare, d’à peine 0.95 carat, s’est vendu 880 000 dollars aux enchères. Mais le plus connu dans cette tonalité de couleur est « Le Pink Star » un diamant rose de 59,60 carats, c’est le diamant le plus cher jamais vendu aux enchères : 83 millions de dollars, soit 1,39 million de dollars par carat.
Le prix/carat du diamant le plus cher s’élève à 2.39 millions dollars/carat, soit 478 000 dollars/gramme. Il s’agit de « The Orange », un diamant orange intense de 14,82 carats provenant d’Afrique du Sud et taillé en forme de poire, il a été vendu 35,54 millions de dollars aux enchères en 2012.
Jusqu’en 1990 De Beers conservera le monopole du diamant (entre 80 et 90 % du marché mondial). Un marché dont l’extraction, pour répondre à la demande, a été multiplié par 100.
Elle est encore propriétaire de diamants magnifiques dont le « Millenium Star » un diamant taille poire de 203.04 carats, dont le brut a été découvert a été en République Démocratique du Congo, en 1990. Le Millenium Star est de couleur D et de clarté totalement parfaite.
« L’Oppenheimer Blue », qui appartenait à Philippe Oppenheimer a lui été vendu aux enchères en 2016 57,5 millions de dollars, c’est un diamant bleu, taille émeraude, de 14,62 carats, classé Fancy Vivid Blue (bleu intense), découvert par De Beers en Afrique du Sud.
Dans les années 1980 la mine Argyle, découverte en Australie, a contribué à faire éclater le monopole de De Beers. Les Indiens taillent alors beaucoup de ces pierres issues de cette nouvelle ressource, et grâce à leur savoir-faire ancestral et leur persévérance, ils arrivent même à magnifier des matières brutes initialement prévues pour l’industrie et non pour la joaillerie, ou à tailler dans des queues de lots, pour y produire des petites pierres dites (mêlées). C’est le début du grand retour de l’Inde dans l’industrie du diamant.
Géopolitique et nouveaux gisements (Australie, Canada, Botswana)
En Russie, dans les années 1990, l’éclatement du bloc communiste ouvre le marché à de nouvelles mines, et au Canada de nouveaux gisements voient le jour, appuyé par de fortes subventions gouvernementales.
Dans les années 2000 le secteur du diamant n’est plus vraiment contrôlé par une entreprise monopolistique. Mais toujours structuré par une organisation très fermée qui donne accès à l’achat de diamant brut selon des accès très réservés.
Si elle fait perdre du poids à la pierre, la valeur ajoutée reste cependant dans l’art de la taille. Comment optimiser un diamant brut, une profonde réflexion où économie et esthétique se rencontrent. Les centres historiques de taille sont (Anvers XV -ème siècle), puis Tel Aviv et New York. Et en France, dans le Jura une vraie tradition de lapidaire a vu le jour sous le règne de Louis XIV, il existe encore d’excellents ateliers de taille dans cette région mais de façon très sporadique. Aujourd’hui le plus grand centre de taille du monde se trouve à Surat en Inde, au fil des années l’industrie de la taille s’y est très fortement développée. Et en Inde se négocient aujourd’hui presque 90 % des diamants destinés à la joaillerie. Certains pays comme la Chine, la Thaïlande et le Canada ont aussi émergé dans ce domaine. Mais l’Inde reste très loin devant, malgré l’absence de mines dans le pays.
Les mines aussi ont évoluées, on en trouve désormais beaucoup en Namibie, au Lesotho, et surtout au Botswana, où, en 2021 la société Debswana Diamond Company Ltd extrait un diamant brut de 1 098 carats.
Mais là-bas, l’entreprise la plus connu aujourd’hui est la société Lucara Diamond Corp actuel propriétaire de la mine de Karowe.
La mine de Karowe et les découvertes du XXIe siècle
L’histoire de la mine de Karowe commence en novembre 2015 avec un diamant un diamant brut de 813 carats, le « Constellation », l’une des découvertes les plus spectaculaires de ces années.
Dans la même année, on y découvre aussi le « Lesedi La Rona » 1 109 carats, le troisième plus gros diamant brut jamais extrait. La taille du brut a permis l'obtention d'un diamant principal de 302,37 carats de couleur est D, c'est-à-dire « blanc exceptionnel + » soit totalement incolore, il est taillé dans une forme très contemporaine entre la taille émeraude et la taille radiant, 66 petites pierres issues de 26 carats à moins d’un carat ont été également obtenues. Les pierres issues de ce diamant brut appartiennent à la société Graff Diamonds.
Laurence Graff a acheté le brut de 1 109 carats 53 millions de dollars à la société canadienne Lucara, aujourd’hui le seul Lesedi La Rona (302.37 carats) est estimé entre 40 et 60 millions de dollars. Preuve en est que la qualité de la taille crée de la valeur ajoutée.
La société Lucara Diamond Corp a été créé en 2009 par des Canadiens, et ils prennent une part majoritaire dans la mine de Karowe. Depuis, on y a découvert le « Sethunya » de 549 carats en 2020, puis un brut de 998 Carats (2020), un autre couleur brun clair de 470 Carats (2021) et le « Eva Star », d’un poids de 1 080 Carats, qui a fait partie d’une vente record en 2023, puis enfin le diamant « Seriti » de 1 094 carats en 2024.
Mais le plus important reste à venir, on y a découvert en 2024, un diamant brut de 2 492 carats, c’est le plus gros diamant brut après le Cullinan.
L’Afrique reste le continent le plus riche en diamant brut, l’industrie s’y développe beaucoup avec une vigilance accrue avec les valeurs éthiques, les conditions de travail des salariés, et une ouverture à la transparence. Tout comme l’Inde avec ses tailleries.